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Lettre ouverte par
message électronique
à Monsieur Christian Poncelet
- Président du Sénat - République
française.
A propos du Colloque organisé par le CRDA au Sénat, le 17 Juin 2000
Le Dialogue turco-arménien sur la question arménienne aujourd'hui.
- Monsieur le Président,
Nous vous remercions de votre
Haut Patronnage du 1er colloque du dialogue sur la question arménienne
aujourd'hui. Ce colloque qui se déroulera dans l'enceinte du Sénat
est très important et exprime les besoins d'un dialogue entre des
Arméniens et des Turcs de bonne volonté et démocrates. Ces besoins
ne peuvent plus être écartés ou occultés et sont cosubstantiels avec
les revendications légitimes de la reconnaissance du génocide des
Arméniens de 1915. Nous rendons hommage en particulier aux intervenants
turcs de ce colloque qui prennent un risque réel d'y venir malgré
les pressions de l'Etat turc négationniste : un Etat qui ne respecte
pas les droits de l'Homme et qui réprime les revendications du peuple
kurde.
Cependant la proposition de loi
de la reconnaissance du génocide arménien de 1915 qui a été votée
à l'unanimité le 29 Mai 1998 à l'Assemblée nationale, n'est toujours
pas inscrite aux débats. Même après une procédure
d'urgence le 21 Mars dernier et qui n'a
malheureusement pas abouti.
Les raisons invoquées de non-inscription aux débats sont dans
le
communiqué du Sénat du 22 février 2000 :
- que la Constitution n'autorise pas le Parlement à qualifier l'histoire
- que ni le Président de la République, ni le Gouvernement ne souhaitaient
la discussion de cette proposition de loi qui risque de contrarier
le processus de réconciliation en oeuvre dans les Etats du Caucase
du Sud.
Cette non-inscription met en évidence
une contradiction propre du Sénat qui s'est pourtant autorisé à qualifier
l'Histoire : en effet, la proposition de loi reconnaissant la traite
négrière et l'esclavage comme crime contre l'humanité a été acceptée
d'être inscrite aux débats. Elle est déjà passée en 1ère lecture et
c'était le 23 Mars 2000 : c'est-à-dire deux jours seulement après
la procédure d'urgence du 21 Mars.
Au
cours de cette 1ère lecture, la Haute Assemblée
a gardé l'article 3 de la proposition de loi en question (que sa commission
des lois proposait de supprimer) qu'une requête en reconnaissance
de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans
l'océan Indien et de l'esclavage comme crime contre l'humanité sera
introduite auprès du Conseil de l'Europe, des organisations internationales
et de l'Organisation des Nations unies.
Alors si on s'en tient aux considérations
du Sénat, une telle proposition risquerait aussi de contrarier des
processus de réconciliation en oeuvre dans des Etats africains ou
dans d'autres Etats où vivent des descendants d'esclaves. On ne peut
que s'interroger sur les raisons de tant d'incohérence en si peu de
temps.
Les citoyens français d'origine
arménienne sont des citoyens à part entière et leur demande d'inscription
aux débats par le Sénat de la proposition de loi sur le génocide de
1915 est à juste titre une demande citoyenne légitime. Elle ne peut
souffrir d'attendre encore 150 ans comme ce fut malheureusement le
cas pour les citoyens français des Départements d'Outre-Mer et descendants
de l'esclavage. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression
de notre haute considération.
- Hélène PIRALIAN, psychanalyste et philosophe
Nil V. AGOPOFF, chercheur au CRDA
- Nous remercions
le site Les
espaces citoyens d'avoir mis notre
lettre sur le web au moment de notre colloque et de nos revendications.
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