Non-dits et radiographies comparées de l'Union européenne
face à la Turquie et au pays du Maghreb
  • Pour justifier la candidature de la Turquie à l'Union européenne, les partisans de cette candidature dont le Président de la République, ne manquent pas d'évoquer sur le role d'intercesseur, d'intermédiaire, de pont que la Turquie pourrait avoir envers les autres pays musulmans.

    Alors, pourquoi ne pas vouloir évoquer aussi la possibilité de la candidature du Maroc ? _


  • Dans ces conditions, pourquoi ne pas parler en effet du Maroc comme un autre intercesseur possible et plus adéquat entre l'Union européenne et l'islam ?


  • En effet, il serait bon de rappeler :

    - les différentes demandes de candidature du Maroc -la première demande étant en 1982,

    - la thèse de doctorat du prince héritier sur la candidature maocaine,

    - le Maroc, héritier de l'Andalousie médiévale qui a joué un role très important dans la traduction en latin des manuscrits arabes dont une grande partie était d'origine grecque,

    - une dynastie en continuité arabe ou berbère,

    - le Roi du Maroc, descendant du Prophète Mohamed par sa dynastie alawite : Commandeur des croyants,

    - l'autorité religieuse islamique conséquente,

    - la charge du Maroc détenant la fonction du Commité Al-Qouds (s'occupant de Jérusalèm) au sein de l'Organisation de la Conférence islamique ,

    - les relations diplomatiques, cordiales et traditionnelles avec la France depuis Louis XIV,

    - des écrivains [comme Tahar ben Jelloun] qui ont créé une littérature arabe francophone dynamique,

    - etc


  • De même _ _ _ _ sachant que :

    - la Sicile arabe -qui se trouvait très liée à la Tunisie- a eu un même role de traduction de manuscrits arabes en latin pendant plusieurs siècles,

    - Saint-Augustin est né en Algérie et a vécu à Carthage,

    - que Saint-Louis est allé à Tunis et y est mort,

    - qu'Ibn Khaldun, le fondateur de la sociologie, est originaire du Maghreb,

    - que le mot "Maghreb" veut dire Occident en arabe,

    - et que l'Emir Abd el-Kader a fait connaitre par son humanisme un dialogue islamo-chrétien exemplaire à l'échelle intercontinentale,

    - sans parler que le Maghreb a eu un contact étroit avec la France par sa colonisation,

    on peut aussi appliquer le raisonnement historico-culturel précédent à une candidature élargie du Maghreb tout entier à l'Union européenne. En effet, un tel rappel des faits historico-culturels entre Arabes et Européens tiendra certainement plus la route que les évocations sur un passé gréco-byzantin en Turquie : un passé que les Seldjoukides, les Ottomans et les Kémalistes ont combattu pour l'asservir au point de le vouloir éradiquer.


  • Alors au delà des considérations concrètes économico-stratégiques actuelles que l'on connait sur la candidature turque :

    - une population et un marché conséquents qui augmenteraient le poids de l'Union européenne face aux Etats-Unis ou aux pays émergeants de l'Asie

    - une main d'oeuvre moins exigeante que dans l'Union européenne

    - une position stratégique importante (Azerbaïdjan, Iran, Iraq, Syrie)

    - une position géographique sur le chemin aux richesses naturelles des pays de la Caspienne

    - une candidature préparant (en non-dit) géo-symboliquement celle d'Israël à l'Union européenne,

    en quoi la candidature de la Turquie à l'Union européenne serait-elle préférable historico-culturellenent à celle du Maroc et des autres pays du Maghreb ?


  • Car historico-culturellenent et politico-sociologiquement

    - la Turquie ottomane accréditée comme ayant eu une présence en Europe de quatre siècles (mais avec en non-dit un impot sur le sang, le devchirmé ottoman, qui a turquifié des millions de jeunes garçons et d'adolescentes des Balkans pendant ces siècles)

    - l'islam en Turquie a une tradition de l'islam des Janissaires et aujourd'hui le laïcisme turc instrumentalise l'islam au service d'une idéologie nationaliste qu'est le kémaliste

    - alors qu'il y au Maghreb un islam authentique non agressif que l'on peut retrouver dans le titre de Calife du Roi du Maroc, ou à l'Université karaouine de Fez ou à bien encore à Kairouan dans la meilleure tradition de la tolérance arabe.

    De plus la présentation d'une Turquie "laïque", "moderne" et "européenne" comme écran de fumée masquant le négationnisme du génocide de 1915, cache et maquille surtout les mécanismes souterrains déstructurants et importants dans la société turque : la partie visible de ces phénoménes étant les violations des droits de l'Homme reposant sur le socle de l'impunité du génocide de 1915 et de la banilisation de son négationnisme.


  • Cette occultation des violations des droits de l'Homme est renforcée par l'image européenne perçue de l'ethnicité turque (du fait de trois siècles de devchirmé ottoman) par les eurocentristes dont leur égo ethnocentriste est ainsi flatté en non-dit. Ainsi dans une présentation eurocentriste favorable à la Turquie, on ne manque pas de pointer que "les Turcs ressemblent aux Européens", "ils sont laïcs" et d'en faire remarquer que "les Turcs ne sont pas des Arabes". Un tel ethnocentrisme accompagné de la confusion entre laïcité et laïcisme, semble faire écho à une arabophobie épaulée par une islamophobie en sourdine.

    Cette volonté d'intégrer la Turquie pour des raisons économico-stratégiques tout en occultant ces réalités politico-sociologiques, vient de la Commission de Bruxelles avec son idéologie eurocentriste ultra-libérale. Descendants des armateurs, des assureurs, des banquiers et des affairistes de la Traite négrière, les eurocrates de Bruxelles n'ont aucune réticence à occulter le négationnisme d'Etat de la Turquie : d'autant plus que le Traité de Lausanne consacre officiellement et internationalement l'ocultation de crime génocidaire. Ce fait étant concomitant aux réticences de l'Union européenne à reconnaitre comme crime contre l'Humanité la Traite négrière et l'esclavage. Sachant que la colonisation étant la continuité adaptée de l'esclavage en commençant par le fait que les négriers furent dédommagés à l'abolution de l'esclavage, on peut comprendre le décalage de comportement de l'Union européenne envers la Turquie et les pays du Maghreb à envisager une candidature des pays du Maghreb.


  • Nil Agopoff,
    Paris, le 1er Ao
    ût 2005

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